Difficile voire improbable de cerner ce que peut représenter dans notre pays, ou sur l’ensemble de la Communauté européenne, le marché de l’ignifugation. Les applications sont multiples, intéressent de nombreux secteurs de l’industrie, du bâtiment, du textile, et les procédés d’utilisation tout aussi nombreux, pouvant intéresser aussi bien de simples particuliers que des constructeurs ou des fabricants de matériaux et produits. Sans compter les applicateurs, comme BNS, implanté à Bruguières près de Toulouse (31), dont le responsable commercial, Serge Beziat, brosse un tableau objectif de son secteur.
« Ce marché a des tendances en dents de scie, révèle-t-il. Il existe des matériaux ignifugés d’origine – à leur fabrication – et d’autres qui ne le sont pas, ces derniers étant de notre ressort. Nous nous adressons à des entreprises du nettoyage, des tissus, ou à des collectivités, des associations, etc. pour lesquels nous appliquons les composants ad’hoc. Nous constatons une évolution de ces derniers, fortement ciblée vers l’environnement, la grande majorité d’entre eux étant aujourd’hui sans dangers. Ainsi, dans le bois, travaille-t-on par imprégnation en étuve, mais aussi avec des vernis de finition, tandis que les textiles, qui représentent 80 % de nos interventions, bénéficient d’autres processus. Toutes ces manipulations sont efficaces mais il faut être conscient que tous les matériaux en présence d’un incendie vont provoquer des flammes, et que les taxer d’ininflammabilité n’est pas tout à fait exact. Nous sommes en fait des retardateurs de feu, qui limitent les dégâts sans empêcher la combustion. »
Autre analyse professionnelle, celle de Pascal Klein, président de la SAS Protectflam (siège à Saint-Nazaire) à la fois fabricant de produits d’ignifugation, applicateur et négociant, adhérent au GTFI (Groupement Technique français contre l’Incendie), Syndicat des professionnels de la protection passive).. Pour lui, une tendance se dessine dans son secteur, notamment au niveau de certains produits retirés du marché pour causes sanitaires – via la législation européenne Reach – montrés du doigt par les scientifiques pour raison CMR (cancérigènes) comme les sels de bore.
« Il existe plusieurs moyens d’ignifuger qui dépendent du support concerné, explique-t-il. Ainsi, des produits liquides d’imprégnation qui pénètrent le matériau, des intumescents comme les peintures qui le recouvrent –et qui sont en plein développement –, des parements qui concernent le bois et le métal, (vernis et autres) etc. Le bâtiment, la décoration sont les domaines ciblés, avec pour seule vocation la lutte passive contre l’incendie, mais avec, de nos jours, des normes européennes récentes, et une sensibilisation accentuée vers la protection de l’environnement. Les Euroclasses ont permis cette uniformité, mais ne concernent que les matériaux de construction et les revêtements de sols, tandis que la décoration est régie par les normes françaises tout en étant en attente de nouveaux règlements communautaires. L’évolution a été le fruit des réflexions conduites au Grenelle de l’Environnement, et à la mise en place de Reach, avec pour objectif la limitation de la dangerosité. Mais nous sommes aussi sur un marché ouvert, international, sur lequel sont présents des produits asiatiques, indous, non réglementés, moins chers, que l’on peut paradoxalement employer. Nous fabriquons en France des produits de plus en plus propres, tandis que rentrent sur le territoire des produits non contrôlés… »
Car les différences de réglementation entre les pays et l’application de normes sur les territoires des uns ou des autres – notamment européens – sont, en quelque sorte, les pierres d’achoppement de l’activité d’ignifugation. Ainsi de l’ameublement, qui présente d’étranges particularités : des canapés fabriqués en France, non ignifugés côtoient dans les rayons d’autres canapés venus de Grande-Bretagne dûment traités contre l’incendie. La différence est expliquée par les fabricants nationaux, qui évoquent des coûts de revient trop élevés, mais il suffit de regarder les chiffres pour s’apercevoir qu’en l’occurrence l’argument commercial est très subjectif, puisque l’on relève un surcoût de 25 à 30 euros par pièce entre un siège non ignifugé et un qui l’est. Ce qui sur un meuble affiché 800, 1 000 euros ou beaucoup plus est pour le moins léger. Surtout quand on connaît les méthodes de vente et les remises accordées lors de la transaction.
« L’ignifugation n’est pas un processus coûteux, rappelle Pascal Klein, et cela est particulièrement vrai dans le monde du textile. On ignifuge à la source, lors de la fabrication, ou ensuite, lors de la pause, mais là aussi la différence entre les deux procédés est minime. Chez Protectflam, nous sommes à la fois juges et parties, puisque nous concevons des produits, que nous commercialisons, ou que nous appliquons nous-mêmes, à la fois formulateurs, fabricants, applicateurs. »
Ce qui n’exclut pas, par ailleurs, les obligations, puisque le dirigeant souligne qu’un matériau traité en ses locaux doit bénéficier à sa sortie d’une certification – reconnu par les pouvoirs publics – garantissant à l’utilisateur une sécurité maximale. Il est intéressant de relever également l’immensité du domaine dans lequel s’implique l’ignifugation, qui, en fait, peut concerner de multiples secteurs.
« Le monde du spectacle, de l’événementiel en fait partie, détaille le dirigeant, entre des concepteurs de décors de théâtre et autres structures publiques. Nos produits sont faciles à appliquer, ce qui les met à portée de nombreux utilisateurs, mais il faut conserver à l’esprit une règle simple : tout ne peut pas être ignifugé. Seuls les matériaux poreux, majoritairement naturels peuvent l’être, ou alors l’ignifugation a été faite à la source. Ainsi d’une chaise en PVC que l’on ne peut traiter mais qui, par contre, aura pu être imprégnée structurellement lors de sa fabrication. »
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