Gisements d’uranium en Limousin

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Risques minima pour Areva

Le site minier de Bessines va connaître de nouveaux développements après 15 ans d’inactivité. Montré du doigt par les écologistes, son exploitant Areva multiplie les initiatives afin de limiter ses nuisances...

Site Bellezane
Le site de Bellezane, « trou minier » de la mine à ciel ouvert de Bessines fait l’objet de toutes les attentions, de mesures constantes, et de surveillance permanente. Le réseau de surveillance de l’environnement mis en place sur le Limousin par Areva consiste en 113 points de prélèvement d’eau et 57 stations de contrôle de l’air.

Exploité durant soixante ans par l’ancienne Cogema (devenue Areva) l’espace minier de Bessines sur Gartempe (Haute-Vienne) aura été une importante source d’approvisionnement pour l’industrie nationale en matière de minerais nucléaires. Employant (au pic de ses activités) plus de 1 500 personnes, il aura rayonné sur l’ensemble du bassin haut viennois, à travers ses mines d’uranium à ciel ouvert, ses galeries souterraines aurifères (A St.Yrieix au sud du département) et ses unités de stockage. Cible favorite des associations de défense de l’environnement, dont il alimente depuis plusieurs décennies fantasmes et activités, il a cessé sa production en 1994, avant de se transformer en lieu de stockage de minerai U238, occupant une quinzaine de salariés restant sur place.

Relancé depuis 2006 grâce aux nouveaux besoins énergétiques présentés par les différents programmes de développement de nouvelles centrales (voir encadré) Bessines ne sera cependant plus jamais une véritable mine. Areva souhaite en faire une unité de recherche performante, un outil de communication et un réservoir de minerai pouvant être à nouveau utilisé. Ses risques n’en sont pas moins multiples, issus de son passé et des anciennes pratiques, mais aussi de son présent et de ses spécialisations à venir.

Un historique encombrant

Traitement des eaux
Le site de Bessines est naturellement radioactif. Et on ne compte pas plus de cancéreux dans la région que partout ailleurs.

Cogema/Areva = pollueur. L’équation est tellement répandue en limousin, relayée par les défenseurs de l’environnement, mais aussi par une presse quotidienne régionale en faveur de ces derniers, que les histoires les plus folles courent encore sur les nuisances supposées. Entre une maternelle (celle de Bessines) irradiée car entourée de sable radioactif, et des lacs dans lesquels évolueraient des espèces de poissons nourries à l’uranium, les belles histoires ont alimenté de belles rumeurs, sur fond de cancers et autres inconvénients majeurs pour les populations.

« Nous sommes sur un terrain naturellement radioactif, rappelle Lauren Blaszczyk responsable de la communication. Même si nous en étions absents, les mesures prises en surface comme dans le sol seraient de toutes façons positives, mais à doses insignifiantes. On ne compte pas plus de cancéreux ici que partout ailleurs – peut-être moins grâce à la qualité de la vie et de la nourriture – et on peut en toute quiétude consommer le poisson des eaux alentour. »

La compagnie ne s’en est pas moins préoccupé de la pollution qu’elle pouvait engendrer, sans attendre les réactions écologiques, et ce depuis son implantation. Ses mines, produisant du minerai,  n’ont en fait jamais généré de véritables déchets, mais des résidus de traitement.

Chargement train U238 Areva
Chargement de conteneurs d'uranium 238.

U238 et U235

Jusque là seul utilisé dans les centrales nucléaires, l’U235 pourrait à terme se voir remplacé par un U238 enrichi. Ce dernier est le principal radioélément naturel concerné par l’extraction, et est amené à se transformer au fil des ans (4,5 milliards d’années) en une forme stable, le plomb 206. Il perdra entre temps de sa radioactivité, tout en passant par divers stades de désintégration  donnant naissance à 14 radioéléments.

Cet U238 offre d’importantes perspectives d’avenir. La recette de son traitement, très schématiquement détaillée, est la suivante : capter les reliquats d’U235 qu’il contient encore (0,3 % environ), puis les enrichir à 0,7 %. Les 125.000 tonnes stockées à Bessines feront l’objet de ce traitement, afin d’obtenir un produit immédiatement utilisable, dans le cadre d’une opération qualifiée par l’opérateur de « totalement novatrice », qui s’inscrit résolument dans sa politique de développement durable.

 

> Les mesures de la radioactivité

- Les becquerels (Bq) sont la mesure d’activité de la source radioactive. Un becquerel correspond à 1 désintégration de noyau radioactif par seconde.

- Le gray (Gy) indique la dose absorbée ou quantité d’énergie (exprimée en joules) cédée par un rayonnement à chaque kg de matière qu’il traverse.

- Le sievert (Sv) permet d’exprimer la dose de rayonnement ou dose reçue en fonction de la nature du rayonnement ou des organes traversés.

Les risques principaux

Bessines n’étant pas cataloguée INB (Installation Nucléaire de Base) ses risques sont ceux liés à la radioactivité limitée par les produits qu’elle génère et le sol qu’elle a exploité. Hormis la santé humaine pouvant être concernée par des radiations, c’est la nature elle-même qui court le plus de danger, et principalement l’eau, vecteur premier pouvant être chargé de radium et autres matières.

« Nous ne sommes pas dans un contexte défini une fois pour toutes, analyse Laurent Blaszczyk, car depuis notre implantation les normes et les chiffres évoluent constamment. Les seuils, les limites, sont sans cesse revus, majoritairement à la baisse, grâce à nos processus, et à nos actions quotidiennes, en regard avec la réglementation la plus stricte. »

Principal élément visé, l’uranium et son passé ainsi que ses nuisances possibles, qui doivent être assumées par l’exploitant (soit Areva auquel l’Etat a confié la responsabilité de la gestion du patrimoine minier en la matière). Sur Bessines, cinquante personnes travaillent  à l’après-mine : réaménagement, gros œuvre, suivi environnemental. Ce qui se fait sur le territoire limousin reste donc à cet effet exemplaire, l’endroit se transformant en véritable vitrine de l’activité minière et son histoire.

Deux matériaux restent aujourd’hui en observation : les stériles et les résidus. Le minerai brut se fait traiter, dégageant environ 0,1 % de son volume en produit exploitable, chimique ou autre. Le reste, sous forme de sable, duquel aura été tiré l’uranium, n’est pas anodin pour autant, car contenant une certaine quantité de radiations.

Des territoires sous surveillance

Prélèvement eaux Bessines
Sur Bessines, 50 personnes travaillent à l’après-mine : réaménagement, gros œuvre, suivi environnemental.

La politique d’Areva en matière d’environnement  est liée à ses activités : extraction d’uranium, traitement de combustibles, recyclage de matières énergétiques. La protection fait partie de ses priorités, que ce soit celle du personnel, de ses installations, des populations résidant autour de ces dernières. Sur Bessines et ses alentours, plusieurs lieux ont fait l’objet d’opérations d’assainissement après avoir subi durant plus d’un demi siècle les apports polluants de l’uranium.

 

> Le Lac de St.Pardoux (25 km au nord de Limoges) : station balnéaire locale, lieu de loisirs d’été, il aura réceptionné durant l’activité minière de Cogema des sédiments radiologiquement marqués soit quelque 12 000 M3 de vases, retirés par la suite lors de travaux de curage effectués par la Compagnie qui se sont terminés en 2006.

> L’étang de la Crouzille a fait l’objet d’une opération similaire à celle de St.Pardoux, sur les mêmes critères et pour les mêmes raisons. 20 000 M3 de sédiments ont étés éliminés en 2007, le site étant hautement sensible, ses 44 ha de retenue alimentant pour partie le service des eaux de Limoges.

> La station de traitement d’Augères qui, d’après les scientifiques, était la grande responsable du marquage radiologique des deux plans d’eau précédents, a fait l’objet entre 2001 et 2006 d’aménagements importants qui ont conduit à diviser par dix les concentrations d’uranium.

> Le site de Bellezane, « trou minier » de la mine à ciel ouvert de Bessines, a été désigné comme lieu de stockage des sédiments retirés de St.Pardoux et de la Crouzille. L’endroit fait l’objet de toutes les attentions, de mesures constantes, et de surveillance permanente.

 

Le réseau de surveillance de l’environnement mis en place sur le Limousin par Areva consiste en 113 points de prélèvement d’eau et 57 stations de contrôle de l’air. Au total, 5 170 analyses sont effectuées chaque année pour la première, 2 287 pour la seconde, sans compter les contrôles du sol ou de la chaîne alimentaire. Tous ces éléments sont communiqués à la Drire de Limoges et peuvent être consultés par le public.

L’Uraniumscope

Inspiré du Vulcania auvergnat, le futur Centre de la Découverte de l’Uranium de Bessines devrait être inauguré à l’été 2011. Son nom de baptême n’a pas encore été trouvé, mais on évoque « Minatome », « Cité de la Mine » ou « Uranoscope », pour une structure dans laquelle Areva investit 6 millions d’euros. Objectif, attirer 20 000 visiteurs par an intéressés par l’histoire de l’Uranium et ses avatars, auxquels seront présentés une expo permanente, une reconstitution de galeries de fond, et des animations scénographiques ciblées. Le but est également d’effacer l’image polluante de Bessines accusé d’avoir contaminé par ses déchets plans et cours d’eau alentour.

L’uranium appauvri revivra

Bessines est un des sites majeurs de stockage des résidus des mines d’uranium exploitées durant cinquante ans par Cogema-Areva. Ce sous-produit autrefois sans utilité va connaître une seconde vie, et devenir une nouvelle ressource.

Intérieur entrepôt Bessines
Les cubes d’acier verdâtres contenant le minerai restent sous une surveillance constante. La zone d’entrepôts, classée ICPE, répond à un arrêté préfectoral et sa sécurité est assurée en permanence par des autorités telles que l’IRSN et Euratom.

L’avenir appartient aux résidus, si l’on en croit la communication d’Areva, qui voit dans l’exploitation de son uranium appauvri une source énergétique prometteuse. Issue des opérations d’enrichissement de l’uranium naturel destiné à la fabrication de combustible nucléaire, cette matière va pouvoir désormais être revalorisée grâce aux nouvelles techniques mises au point par la Compagnie.

Baptisée Sexioxyde d’uranium, ou U238, elle a l’apparence d’une poudre noire stable, ininflammable, insoluble et non corrosive. Récupérée tout au long de l’activité de la mine limousine, elle repose dans dix bâtiments  de 3 000 M² construits en zone classée ICPE abritant chacun 2.352 containers de 3 M3 (ou 10 tonnes) soit un total de 125 000 tonnes destinées à un nouvel enrichissement. Elles seront traitées à cet effet à Malvési dans l’Aude, envoyées sur place à raison de deux transports mensuels par train de 18 000 tonnes. Le premier convoi est parti l’été dernier, surveillé de près par les écologistes, destiné à devenir de l’uranium utilisable après des opérations complexes. Au total, les ingénieurs espèrent « sortir » 3 350 tonnes d’uranium « équivalent naturel » sans creuser à l’avenir un seul nouveau trou en limousin.

Les cubes d’acier verdâtres contenant le minerai restent sous une surveillance constante. La zone d’entrepôts, classée ICPE (Installation Classée pour le Protection de l’Environnement) répond à un arrêté préfectoral, et sa sécurité est assurée en permanence par des autorités telles que l’IRSN et Euratom. Mais l’apparence du lieu – d’impressionnantes rangées de containers empilés dans des hangars sécurisés – a fait douter les écologistes de la nocivité du sous-produit tout en alimentant la polémique. Areva s’en défend, en rappelant sa stratégie environnementale et les moyens dont elle dispose pour faire face aux problèmes.

 

 

Une surveillance drastique

Dosimètre Bessines
Laurent Blaszczyk, responsable de la communication : « Nous avons toujours accordé une importance majeure à l’environnement, dans la mise en œuvre de nos procédés, mais aussi pour la sécurité de nos personnels, la sûreté de nos installations, l’hygiène du travail ».

« Nous avons toujours accordé une importance majeure à l’environnement, affirme Laurent Blaszczyk, et ce dès notre implantation, dans la mise en œuvre de nos procédés, mais aussi pour la sécurité de nos personnels, la sûreté de nos installations, l’hygiène du travail. »

D’où une politique accrue dans la réduction des rejets dans l’environnement à un niveau aussi bas que possible, ainsi que la mise en place d’une information périodique présentant clairement les résultats des mesures sur la radioactivité. Un Groupe d’Expertise Pluraliste (GEP) des sites miniers du Limousin apporte à ce sujet une vraie réponse à l’attente sociétale, par la remise de rapports aux autorités, principalement au Ministère de l’Ecologie. Le dernier diagnostic publié (janvier 2008) a pris en compte l’ensemble des paramètres (circulation des eaux, zones de stockage, travaux, plans d’eau..) déterminant les normes acceptables en radon ou en rayons gamma. La compagnie a mis en œuvre aussitôt ces recommandations, comme elle s’était auparavant attachée aux conclusions d’une directive européenne de 1996 déterminant les doses admissibles pour les travailleurs comme pour la population : 20 millième de sievert (20mSv) par an pour les premiers, 1 mSv pour les seconds.

« Notons que le législateur avait lui-même divisé par vingt les doses admissibles, rappelle le communiquant. Il tenait ainsi compte des distorsions d’âge, de fragilité sanitaire des uns, etc.. C’est en prenant en compte l’ensemble des voies d’exposition (externe par les rayons Gamma, interne par inhalation du radon ou par ingestion de l’eau de consommation) que l’on estime la dose efficace ajoutée au milieu naturel. En France, elle est sans danger à 2,4 mSv par personne et par an. »

Areva aura finalement vu ses efforts récompensés en matière de gestion des risques, qu’ils soient environnementaux où dans l’entreprise. Un audit conduit en 2007 par l’AFAQ aura abouti à l’attribution de la double certification Qualité : ISO 14 001 pour l’environnement, OHSAS 18 001 pour la sécurité.

« Ce n’est pas une fin en soi, souligne Fabienne Richon, ingénieur Qualité Sécurité Environnement. Rien n’est acquis, et tout ne fait que commencer, car tout doit s’améliorer en permanence dans ces deux domaines. Mais à présent, une impulsion est donnée. Il faut qu’elle soit vécue désormais au quotidien, par tous. Employés de Bessines, et résidents alentour. »

 

Photos : Service communication  Areva Bessines.

Ce que sera le nouveau Bessines

Avec un investissement de 45 millions d’euros, dont 20 millions d’euros  destinés à la seule unité de recherche (SEPA), Areva souhaite faire de son ancien site minier un pôle d’excellence consacré aux nouveaux extraits de minerais. Forte d’un marché reparti à la hausse, sur lequel la demande ne fait que croître, la Compagnie ambitionne de participer à l’alimentation en Uranium des nouvelles trois cents centrales nucléaires appelées à voir le jour dans le monde d’ici vingt ans. Ses laboratoires, et ses 150 chercheurs recrutés au niveau international, auront pour mission la mise au point en tant que matière énergétique d’un U238 jusque là inutilisable, et la recherche de nouveaux produits. Le traitement des grandes quantités de matière – dont les 125 000 tonnes de résidus stockées à Bessines – s’effectuant en d’autres endroits.

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