Info.expoprotectinon.com –
Mon commandant, pouvez-vous vous présenter rapidement ainsi que vos missions au
sein de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) ?
Commandant Claude Chelingue – « Depuis dix ans, je suis chargé du soutien de
l’homme. Cette mission recouvre tout ce qui concerne la gestion de
l’habillement, des équipements de protection individuelle (EPI), des mobiliers,
du couchage, des fournitures et services divers nécessaires au
fonctionnement des quatre-vingts casernes constituant la BSPP. Dans cette
mission, je suis aidé par soixante-deux hommes et femmes, tous sapeurs-pompiers
de Paris. La brigade assure la protection de 6,5 millions d’habitants
sur 760 km2, pour les départements 75, 92, 93 et 94. »
Info.expoprotectinon.com – A l’occasion du
prochain colloque Securivet, vous allez intervenir dans le cadre d’un débat sur
la gestion des EPI chez les sapeurs-pompiers de Paris. Quelles sont les
problématiques auxquelles vous êtes confrontés en la matière ?
Commandant Claude Chelingue – « Les principales difficultés relatives aux
EPI sont de divers ordres : conserver un poids minimum
de l’équipement du sapeur-pompier tout en assurant une protection
maximale ; faire passer et comprendre les messages relatifs aux EPI. Il
faut sans cesse éduquer, instruire et informer le porteur d’EPI. A
la BSPP le turn-over de personnel est de 1/8 par an. D’autre part, il nous
faut faire bien avec peu de moyens. En effet, les budgets
de l’Etat et des collectivités territoriales étant plutôt en diminution,
il est parfois difficile de préserver la souplesse de distribution permanente
en toutes tailles et toutes pointures. Enfin, il nous faut faire durer les EPI,
les contrôler et les tracer, en les entretenant correctement. Autant de
contraintes permanentes que nous nous sommes imposées ou que nous devons
suivre. »
Info.expoprotectinon.com – Comment gère-t-on
la fin de vie d’un EPI pour sapeur-pompier : peut-on le recycler,
prolonger sa durée de vie, etc. ?
Commandant Claude Chelingue – Certains EPI sont parfaitement recyclables,
d’autres s’avèrent très, voire trop, compliqués pour espérer une seconde
vie. Si tout est recyclable ou presque quand on veut, encore faut-il
trouver les pistes correctes et à des coûts acceptables. La volonté de
bien faire ne manque pas à la BSPP. Nous nous sommes jetés à l’eau
depuis fin 2007 sur ce sujet. Tout le monde nous encourage
mais, hélas, lorsque nous sommes prêts à fournir des EPI à recycler, c’est le
volume qui n’est pas assez
important ou l’état de propreté, bloquant ainsi tout espoir de recyclage. Si la BSPP, elle-même, ne parvient pas à recycler, qu’en sera-t-il d’unités
de sapeurs-pompiers de taille moins importante ? Malgré ces difficultés,
nous restons résolument optimistes et nous savons que c’est le temps de
mise en fonctionnement des filières de recyclage qui nous pénalise aujourd’hui. »
Info.expoprotectinon.com – Pour faciliter ces
opérations, comment travaillez-vous avec les fabricants d’EPI afin que, dès la
conception d’un EPI, ils y intègrent cette dimension « fin de
vie » ?
Commandant Claude Chelingue – « Dans l’optique de la mise en place d’actions de
dé-confection en fin de vie d’un EPI, il faut se
concerter avec les confectionneurs et leurs fournisseurs.
Généralement, l’échange est fructueux. Nous nous comprenons puisque
nous visons certains objectifs identiques en matière de développement
durable. Il faut souvent faire preuve de bon sens et bien
sûr d’ingéniosité. Certaines technologies sont à écarter
d’emblée car elles favorisent davantage la valorisation
énergétique plutôt que la seconde vie des matières et composants. La
rencontre avec nos partenaires est donc indispensable et fait
l’objet de discussions fréquentes. Il ne faut pas négliger les fabricants de
matières premières, voire de fibres ou de membranes, ou encore
d’accessoires. Ils sont à la source des produits. Leur bonne volonté est
essentielle. Ils ne sont pas toujours dans une
démarche gagnante car les produits ne sont pas toujours faciles
à isoler une fois le produit fini. En outre, les
investissements consentis ne sont pas toujours amortis. Par
ailleurs, il leur est parfois difficile d’admettre que certains
composants soient gênants, difficiles à isoler, à détruire, à recycler.
D’autre part, il ne faut pas rechercher systématiquement la valorisation
à 100 %, mais plutôt une amélioration progressive des processus de fabrication.
Nous partons donc de zéro et dans ce contexte 5 à 10 % de
progrès par an, ce serait déjà fabuleux. J’ajoute que, sur un sujet aussi
complexe mais passionnant et parfois déconcertant, nous ne serons prêts
pour une démarche complète que dans dix ou quinze ans. En attendant,
nous intègrerons les innovations et ferons avec les matières
du passé ou celles déjà dépassées ! Profitons de cette période
pour nous débarrasser de ce qui nous gêne puisque nous repartons parfois de zéro en matière d’expression du besoin. »
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