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Des formations diplômantes pour les préventeurs

17-01-2012
L’école des Mines ParisTech et l’Afnor viennent de lancer deux formations diplômantes en direction des préventeurs. Objectif, les aider à améliorer la conformité réglementaire de l’entreprise et de mieux prévenir les risques.
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Franck Guarnieri, directeur du Centre
de recherche sur les risques
et les crises des Mines ParisTech.
© DR
Le manque de performance en matière d'environnement, hygiène et sécurité peut coûter cher aux entreprises. Son coût est estimé entre 3 % et 5 % du chiffre d'affaires des grandes organisations. Pis : en cas d'accident mortel ou de catastrophe environnementale, les dirigeants peuvent voir leurs responsabilités civile et pénale engagées s'ils ne peuvent démontrer qu'ils ont tous mis en œuvre pour prévenir de tels risques. Une mission qui revient aux préventeurs. Cette appellation recouvre différents métiers, à commencer par les animateurs sécurité, les responsables sécurité et santé au travail, et les directeurs hygiène, sécurité au travail.

Deux formations diplômantes

Ces professionnels sont chargés de veiller à la conformité réglementaire de l'entreprise, de mener l'analyse des risques, d'entreprendre des investigations en cas d'accident et de traiter des nouveaux dangers (entre autres, la pénibilité au travail et les facteurs psychosociaux).
« Ils ont, en plus, des missions transverses d’information, de sensibilisation et de formation des salariés de l'entreprise », rappelle Franck Guarnieri, directeur du Centre de recherche sur les risques et les crises (CRC) des Mines ParisTech. La grande école vient tout juste de lancer avec le groupe Afnor deux formations en direction des préventeurs, qui aboutiront à la délivrance d'un ''Bilan d'aptitude délivré par les grandes écoles'' (Badge). L'une concerne le management des conformités réglementaires et des risques EHS (environnement, hygiène et sécurité) et l'autre porte sur le management et l'audit des systèmes de gestion des risques EHS. « La première vise à aider le préventeur à mettre en place une politique EHS tandis que la seconde va l'aider à déployer et animer des systèmes de management EHS », résume Franck Guarnieri.


Evolution des outils métiers

Le contenu de ces formations répond aux besoins des préventeurs qui ont été détectés à l'occasion de deux études menées conjointement par Mines ParisTech avec deux partenaires. A savoir, le groupe Afnor et la société Preventeo, éditeur français de logiciels de management intégré des risques (santé et sécurité au travail, environnement, sécurité industrielle, contrôle interne…). La première enquête, publiée en novembre 2010, a été réalisée auprès de 803 préventeurs. L'étude révèle la difficulté pour ces professionnels de maîtriser la conformité réglementaire même en étant outillé d'un logiciel métier. Et ce, alors que ces produits ont beaucoup évolué ces cinq dernières années.
« Au départ, les préventeurs utilisaient des outils assez rustiques de type tableur bureautique avec lesquels ils réalisaient leur grille d'évaluation et le suivi de leur plan d'actions en collaboration, plus ou moins marquée, avec un bureau de contrôle et de conseil », rappelle le directeur du CRC. Depuis trois à cinq ans, avec l'évolution de l’informatique, notamment le Web 2.0 et le Cloud Computing, la profession de préventeur a bénéficié de l'apport des bases de données publiques (comme celles de l'INRS ou du Journal Officiel) mais aussi de nouveaux outils logiciels pour la maîtrise des conformités réglementaires ou d'analyse des risques. Sans oublier l'arrivée très récente d'applications pour gérer les enquêtes portant sur les accidents, etc. « L'intérêt pour les préventeurs est d'avoir une vision de leurs problématiques métier à 360°, le tout intégré et géré au sein d’un workflow [processus métier collaboratif informatisé, NDLR] performant. »


Cloud Computing

Historiquement, les grandes entreprises avaient développé leurs propres outils maison qu'elles abandonnent progressivement en faveur d'applications désormais disponibles sur le Cloud. Parmi les éditeurs spécialisés, citons Preventeo, Red on Line ou Enablon.
« Les logiciels du marché facilitent le processus de veille, d'audit , de reporting et de partage d'information mais ils invitent aussi le préventeur à mettre en relation l'activité de son entreprise avec la réglementation applicable aux activités à risques », souligne le directeur du CRC. En suivant ces formations, les préventeurs vont disposer de repères théoriques et méthodologiques pour apprendre à mieux faire leur veille, à utiliser les outils pour se mettre en conformité et à développer des outils de partage d'information aux fins d'améliorer la maîtrise de la conformité.


Savoir utiliser la jurisprudence

Toutes les entreprises sont concernées. Même celles qui sont déjà certifiées Iso 14000 ou OHSAS 18000. En témoigne la seconde enquête menée, là encore, par Preventeo, groupe Afnor et Mines ParisTech, l'an dernierg auprès de 830 préventeurs appartenant à des entreprises de la construction et de l'industrie ayant plus de 50 salariés. A la question peut-on être en non-conformité par rapport à la législation tout en étant certifié, 78 % ont répondu par l'affirmative. « Pas étonnant. Car il existe un malentendu sur les apports de la certification », soulève Franck Guarnieri. « Etre certifiée ne garantit pas que l'entreprise respecte la réglementation. » Autre constat de l'étude, qui sera rendue publique en fin d'année, les préventeurs connaissent la jurisprudence mais ne savent pas forcément comment bien l'utiliser. Un besoin auquel répondra la formation sur la conformité réglementaire qui amènera les préventeurs à être mieux à même de traiter les problèmes de maîtrise de conformité et à utiliser la jurisprudence.


250 heures

D'une durée chacune de 250 heures réparties sur 30 jours, ces deux formations en alternance sont accessibles aux titulaires d'un diplôme de niveau supérieur ou égal à bac+4 en rapport avec l'intitulé de la formation. Egalement éligibles, les candidats disposant d'un diplôme de niveau supérieur ou égal ou bac +2 et qui possèdent une expérience d'au moins trois ans en rapport direct avec l'intitulé de la formation. « La formation est aussi ouverte aux titulaires du baccalauréat qui justifient d'une expérience professionnelle significative d'au moins cinq années en rapport direct avec l'intitulé de la formation », indiquait Valérie Sanseverino-Godfrin, du CRC de Mines ParisTech lors de la présentation des formations Badge. Une initiative soutenue par plusieurs grandes entreprises. Parmi lesquelles Air France, Alcatel-Lucent, GRDF, L'Oréal, Eurocopter, Vinci...

Eliane Kan / Agence TCA-innov24

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Vos réactions (3)

  • Une législation compliqué

    07.02.2012 | 18:18

    En lisant les commentaires et au regard de mon expérience, il me semble qu'une question très particulière aie été omis.
    Le législateur donne-t-il tous les moyens de contrôles et de compréhension aux entreprises ?
    Par exemple en matière de PICB (protection individuelle contre le bruit), si il est bien préciser que les dirigeants d'entreprises à partir de 85dB sur 8 heures d'exposition doivent équiper leur salariés de protections auditives, ils ont une obligation de résultat.
    Cependant le législateur n'oblige pas les fabricants de produire le certificat de normalisation par l'organisme certificateur, une seule déclaration d'intension est requise, qui produit des résultats d'atténuation au seuil d'audition seulement, et ce en dB alors même que les prélèvements du bruit en entreprise s'effectuent en dB de pondération A
    pour les bruits continus et dB de pondération C en bruit impulsifs. Que la VLE valeur limite d'exposition (c'est à dire le bruit perçu par l'oreille avec la protection) est acceptable jusqu'à 87dB, alors même que les mesures de protections sont obligatoires à partir de 85dB ?
    Je pense sincèrement que plus qu'une formation il serait souhaitable de modifier la législation en la rendant, simple et compréhensible par tous, et transférant les responsabilités aux fournisseurs de protections qui par ailleurs assurent en complément de la vente,les formations adéquat au port de protection, mais ne seront pas responsables à terme des conséquences que des protections non adaptées auront entrainé ?
    Je m'arrête là, pour faire court, mais il y aurait encore beaucoup à dire sur le sujet et je reste persuadé qu'en l'état, les mesures de prévention sont loin d'être efficaces à cause du manque de maîtrise et de clarté sur les moyens engagés. Cependant se sont les entreprises qui devront assurer dans les prochaines années la responsabilité des conséquences de ce floue juridique.

  • Bonne initiative... mais en connaissance du marché des outils !

    25.01.2012 | 12:52

    Nous adhérons pleinement à cette initiative de formation diplômante, mais en insistant sur la corrélation implicative entre les deux... l'une n'allant pas sans l'autre et vice versa.
    En effet et comme cela est précisé, les entreprises ont besoin de système de gestion qui seront utilisés par les préventeurs, mais des outils intelligents disposant de base de connaissance partagées tels que règlementaires, de dangers, d'actions, de contrôles, etc...
    Si les préventeurs ont bénéficié de bases de données publiques, ils en disposent aussi dans le privé !
    Celles-ci s'auto-alimentent au fur et à mesure des interventions terrain pour être mutualisées et redistribuées à la demande.
    Ce type de base est disponible sur le marché, couplé avec l'outil de gestion Générisque®, proposé par PREO, autre acteur en matière d'offre d'un outil de gestion en mode SaaS !

  • Et l'être humain dans tout ça

    17.01.2012 | 09:21

    Très intéressant cet article sur nos futurs managers! Si l'idée de donner le B A ba de la prévention à des futurs cadres peut paraître séduisante, on peut se poser la question du contenu ! On y parle de règlementation, de normes, de coût financier. On appréciera particulièrement la phrase : Pis : en cas d'accident mortel... les dirigeants peuvent voir leurs responsabilités...
    Et l'humain dans tout ça ! Le pire n'est il pas pour la famille de celui qui est mort, ou pour celui qui est atteint dans son intégrité physique et/ou mentale pour le reste de ses jours!
    Préserver la santé des salariés, éviter qu'il y ait encore aujourd'hui en france 2 décès par jour au travail n'est ce pas ça être préventeurs ?
    On voit bien à travers cet article les priorités de notre société économique: performance , contrainte et règlementation. Alors il reste à espérer que pour ne pas perdre d'argent , on gagne quelques vies !

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